Action Bronson – Mr. Wonderful

Action Bronson - Mr. Wonderful

Soutenu dorénavant par une major, Action Bronson passe un test crucial avec Mr. Wonderful. Parfaitement marketé, le projet nous conduit dans des montagnes russes et alterne le très bon et l’insignifiant.

Tout a déjà été écrit, et de nombreuses fois sur Action Bronson. Les mêmes métaphores culinaires et les mêmes comparaisons gargantuesques ne faisant qu’accentuer une impression de déjà vu, comme à la lecture d’un dossier de presse bien ficelé qui tournerait en boucle dans les rédactions généralistes. Mais le natif du Queens s’est lancé dans le rap – pas dans la com’ – et c’est à la qualité de ses sorties artistiques plus que médiatiques qu’il devra ou non confirmer les espoirs placés en lui depuis son premier album Dr. Lecter (2011).
Le bonhomme a entre temps tranquillement pris ses marques et rempli sa jauge de confiance en s’octroyant les services d’un producteur spécifique pour chacun de ses projets : les inégaux Blue Chips avec Party Supplies, Well-Done avec Statik Selektah, SAAAB Stories avec Harry Fraud ou encore Rare Chandeliers avec The Alchemist. Un travail à l’ancienne, ajouté à un timbre Ghostface-Killien et des performances scéniques haut de gamme l’ont rapidement inscrit dans un renouveau new-yorkais, sans pour autant en faire son unique marque de fabrique car le rappeur a su élargir son horizon musical, comme sur le très bon The Rockers en featuring avec Wiz Khalifa. Et la bouffe, la weed, le sport, les meuf, un second degré certain et des clips drôles (The Symbol, Steve Wynn) ont achevé de faire exploser sa côte de sympathie.

Mr. Wonderful, son premier album en major (Atlantic Records), doit donc marquer son entrée dans la cour des grands et lui permettre d’accéder à une notoriété au-delà du microcosme. Et les choses ont été bien faites avec des artworks de qualité et un teasing efficace. Le morceau Easy Rider – produit par Party Supplies – hommage psychédélique et référencé au film du même nom nous démontre avec brio qu’Action Bronson a bien pour ambition de s’aventurer hors de sa zone de confort, quitte à décontenancer ses suiveurs des premiers jours.

Bis repetita avec le fumeux single Actin Crazy, avec Noah « 40 » Shebib aux manettes (connu pour son travail avec Drake) et ter repetita avec l’excellent retour aux sources Terry. Trois locomotives qui semblaient annoncées un album survolté et audacieux, impression mis à mal par le gentillet mais molasson Baby Blues avec Chance The Rapper, produit par un Mark Ronson qui n’apporte pas grand chose d’autre que son nom sur cet opus (Brand New Car est frais mais vite oublié).

Pour le reste, l’ennui et l’incompréhension se font rapidement sentir sur Falconry, Galactic Love ou The Passage, quand ce n’est pas l’agacement qui pointe comme sur Only In America, The Rising ou City Boy Blue sur lesquels le rappeur à dû mal à se placer sur des instrus blues/rock/jazzy trop riches ou s’essaye au chant sans convaincre. Il faut attendre le très bon A Light In The Addict pour reprendre alors un peu de plaisir et renouer avec la simplicité.

Si la démarche d’enrichir ses prods avec des vrais instruments ne peut être que saluée, Action Bronson donne parfois le sentiment d’être dépassé par cette texture musicale, très inspirée du rock des seventies, sur laquelle il n’arrive pas conserver sa spontanéité ni à enrichir son flow. Un album où le très bon côtoie l’oubliable, un premier test en demi-teinte.