Dr. Dre : l’homme qui valait 800M$

Dr.Dre

La nouvelle a souvent fait la une de la presse généraliste : Dr. Dre est le rappeur/producteur le plus riche au monde et ce, sans aucune contestation possible tant la cession de sa marque Beats Electronic à Apple a fortement testostéroné son compte en banque. Mais sans même ce hold-up, Andre Romelle Young mériterait ce statut. Retour sur une carrière en trois dates clés. Trois dates clés qui vont amorcer des cycles successful pour le natif de Compton. Trois dates clés qui vont successivement tout changer dans le rap. 

1988 : Ruthless Records et l’explosion du gangsta rap

Si Rhyme Pays de Ice-T est la première pierre à sceller l’édification du gangsta rap, il n’en reste pas moins qu’avec Straight Outta Compton (août 88) les membres de N.W.A vont achever d’imposer ce genre comme la locomotive du rap US et de contraindre leurs collègues new yorkais à occuper les wagons de queue – pour quelques années du moins. Douchant les revendications politiques des rappeurs East Coast, N.W.A se revendique sans foi ni loi, ou plutôt sans espoir ni morale mais en gardant intact l’esprit de révolte. La réalité de Compton et rien d’autre…Fuck tha police, fuck les illusions, fuck la domination blanche…Des six membres du groupe, l’un possède une double casquette : celle de rappeur et de producteur. Ce membre c’est Andre Romelle Young aka Dr. Dre. Si Ice Cube est le leader charismatique de la formation, Dre est l’architecte sonore, le métronome. Ce premier album s’écoule à plus de trois millions d’exemplaires et cette première bombe l’assoit dans un fauteuil de velours.

Un mois plus tard, Easy-E, le fondateur/entremetteur de N.W.A sort son premier opus en solo, Eazy-Dut-It. Aux manettes? Dr. Dre bien entendu. Celui-ci assure la cohérence du projet et fait de cet album un carton : plus de deux millions d’acheteurs et la satisfaction de voir s’étendre les tentacules de la pieuvre N.W.A.

Après ce 100% de réussite Dr. Dre devient le sujet de nombreuses convoitises. L’homme a ce don de savoir saisir les opportunités et de ne pas les gâcher. Il se retrouve donc naturellement au coeur de nombreux projets qui vont presque tous rencontrer le succès.

En 1989 il produit l’album No One Can Do It Better de The D.O.C (1 million d’exemplaires vendus)puis les singles Murder Rap et The Last Song pour le compte du groupe Above The Law l’année suivante.
Il en profite même pour produire sa meuf de l’époque et mère d’un de ses gamins, et ainsi lui permettre de commercialiser son premier album. Michel’le trouve deux millions d’acquéreurs pour un intermède plus R’n’B que gangsta.

Le surdoué n’en oublie pas pour autant sa formation initiale et son rôle de rappeur/producteur. Avec l’EP 100 Miles and Runnin’ (un million de ventes) le public reste fidèle au groupe de rageux mais commence à les lâcher pour la sortie de Efil4zaggin en 1991 (cinq cent mille ventes). Ces deux dernières salves permettent malgré tout aux N.W.A de mettre fin à leur carrière sans fausse note. Le mythe est préservé.

Mais le hasard est totalement étranger à cette réussite tant l’identité musicale est forte sur ces différentes sorties. Aux premières notes de ces instrus, l’habillage sonore élaboré par le producteur est immédiatement reconnaissable : hardcore, sec et colérique. Une recette parfaitement adaptée à ce gangsta rap qui met en scène le quotidien des ghettos de Los Angeles : Obsession de l’argent, guerre des gangs, sexe explicite et déjà les premiers délires de riders.

Avec plus de dix millions d’albums vendus en presque quatre ans, le bonhomme veut plus, notamment une meilleure redistribution du cash au sein de l’entreprise Ruthless Records. A l’aise dans ses baskets il s’en va négocier un nouveau deal avec le label de son futur ex-pote Easy-E.
– « Que nenni. Rien à foutre! » lui répond ce dernier qui refuse une nouvelle redistribution des cartes.
– « Rien à foutre toi-même« .
Et Dre de sortir sa botte secrète : faire entrer en jeu le colossal et sulfureux Suge Knight pour faire avancer les négociations. Ce dernier – soutenu par deux amis balèzes comme lui et leurs battes de base-ball – obtient la rupture du contrat liant Andre Young à Ruthless. La rancoeur restera tenace entre les deux anciens membres de N.W.A et aucun des deux n’acceptera de baisser sa garde. Les diss songs pleuvront comme les balles au Mexique et seule l’odeur de la mort d’Easy-E quelques années plus tard réconciliera les deux hommes. Quant à Suge Knight et Dre, les deux lascars vont alors co-fonder un label; Death Row Records va lui aussi tout péter dans le rap.

1992 : Death Row et l’invention du G-Funk

Si Dre quitte sa maison mère sans regret, ce n’est pas pour user des mêmes recettes dans sa nouvelle famille. Il décide de ralentir drastiquement le rythme de ses productions, de faire vibrer de puissantes basses et d’y incorporer une chaleureuse et salace touche funk audible à chaque instant, garante d’un son définitivement West Coast. En fait le mec révolutionne simplement le gangsta rap en créant un nouveau genre : le G-Funk.
Avec The Chronic, Andre Young fait d’une pierre deux coups : sortir son premier album solo – devenu classique parmi les classiques – et mettre en avant un jeune rappeur, Snoop Doggy Dogg, présent sur la quasi totalité des morceaux de l’album. Et car le rap aime les crews, en plus de Snoop, c’est aussi Nate Dogg ou encore Kurupt qui se font connaître sur The Chronic. L’album s’écoulera à plus de six millions de copies et le tsunami g-funk déferle sur tout le territoire américain à travers cette digue rompue sur la côte ouest. Si l’ambiance sonore est nouvelle, le G-funk pousse plus loin encore le désenchantement Made in Compton. Plus une seule miette n’est laissée à la révolte, dévorées par l’envie furieuse de réussir à n’importe quel prix. Seul compte dorénavant l’argent roi et ce qu’il permet d’obtenir : de la bonne herbe, des lowriders et des pétasses à foison.

Andre Young et Calvin Broadus décident d’enfoncer le clou en sortant l’année suivante Doggystyle, le premier projet en solo du lascar nonchalant. Les mêmes thèmes sont développés avec une lubricité encore plus exacerbée et mêlés à un humour cynique pour accoucher d’un album aussi sinistre que festif. Résultat : douze millions de copies écoulées en dix ans, et huit cent mille la première semaine. Un record pour le rap d’antan.

Deux ans plus tard en 1995 c’est la rupture d’avec Death Row. Dr. Dre est prêt à sortir The Chronic #2 – qui doit être propulsé au top des charts par le single California Love – quand Suze Knight lui impose d’annuler ou de repousser la commercialisation de son projet. Pire il offre le tube planétaire (California Love) à son nouveau poulain 2 Pac. La pilule a du mal à passer.

La rupture est consommée quand le docteur, vexé et blasé par cette pourriture de Suge Knight, claque la porte du label pour créer sa propre structure Aftermath Entertainment avec Jimmy Iovine. Il effectue alors – une relative traversée du désert. Relative car il va démontrer pendant ses années creuses qu’il n’est plus un homme de chapelle, en s’attachant à produire des morceaux pour des rappeurs estampillés East Coast, Nas et Big Pun pour ne citer qu’eux. Un comble pour celui qui était le producteur exécutif de Tha Dogg Pound au moment où leur clip incendiaire New York New York faisait monter la pression entre les deux côtes américaines. Pour rappel le groupe et le futur Snoop Lion se mettait en scène en géant ravageant la Grosse Pomme à coup de low-kick et ridant peinard depuis l’aéroport JFK. Bref la provocation ultime et Mobb Deep faillit avaler de travers à l’époque. Un grand écart qu’aucun de ses potes de LA ne s’avisa de lui reprocher, difficile en effet de s’attaquer à un faiseur d’or. Mais à l’exception de cette ouverture et de quelques productions de factures correctes, il restera silencieux, en sous régime, à l’image d’un rap West Coast en perte de vitesse depuis la mort de sa légende Tupac Shakur. Pas pour longtemps.

1999 : Aftermath rentre enfin dans le futur

Dans le creux de la vague et moqué non stop par les membres de Death Row qui n’hésitent pas à le traiter de has-been, Dr. Dre dépasse alors les clivages du rap et fait confiance à son flair. Il décide de recruter un jeune rappeur de Detroit pourtant auteur d’un premier échec commercial et de lui offrir ses meilleurs prods. Eminem se révèle à la hauteur du cadeau. Mieux il dépasse même les attentes placées en lui. Entre 1999 et 2002, et avec trois albums – The Slim Shady LP, The Marshall Mathers LP et The Eminem Show – Eminem va devenir la plus grande star du rap des années 2000 et permettre au label de Dr. Dre de vendre plus de 50 millions d’albums. Et ainsi de renforcer encore un peu plus les liens qui unissent Andre Young à son banquier.

Mais Dre tient également à prouver qu’il n’est pas juste devenu un producteur businessman. Quelques mois après The Slim Saady LP, le rappeur sort 2001, son deuxième projet en solo, en novembre 99. Encore une fois une révolution tant l’album va installer définitivement le rap comme une musique grand public dans le monde entier. En France ou ailleurs, un public jusqu’ici hermétique à ce son, va gesticuler des bras et se donner une thug attitude sur le dancefloor lorsque le DJ balancera Still D.R.EForgot about Dre ou The next episode… Comme à son habitude l’album devient culte et plus de dix millions d’auditeurs vont l’acquérir à travers le monde.

S’en suit la mythique tournée Up in Smoke Tour, sa cinquantaine de dates à travers l’Amérique du Nord et son demi million de spectateurs. La crème de la West Coast se réunit dans un show grandiose autour de Dr. Dre, à savoir Snoop Dogg, Ice Cube, Eminem, Proof, Nate Dogg, Kurupt, D12Warren GXzibit, The D.O.C. ou encore Hittman et Six-Two.

Revenu au sommet du rap game, le producteur va opérer dans l’ombre pour une multitude  d’artistes et continuer de s’en mettre plein les fouilles. Ice Cube, Warren G, D-12, Xzibit, Busta Rhymes, Jay-Z, Mary J. Blige et plein d’autres se verront offrir des tubes sur un plateau.
Dre connaît la martingale et s’apprête à nouveau à faire sauter la banque en 2003. Avec Eminem, ils mettent la main sur un rookie inconnu du grand public qu’ils vont propulser au sommet des charts en le signant sur le label Aftermath : 50 Cent écoule quinze millions de  son album Get Rich or Die Tryin’ (quinze millions d’exemplaires vendus).

Aujourd’hui, Dr. Dre ne considère plus la musique comme une priorité. Après avoir produit/rappé plus de deux cent millions d’albums vendus, son quotidien est maintenant guidé par les cordons de la bourse. Après avoir carotté Apple et Tim Coock avec un deal à 3 milliards de dollars, lui et son associé Jimmy Iovine sont devenus consultants pour la marque à la pomme. Le beurre et l’argent du beurre pour un Breton, un coup de maître selon les spécialistes. Et Andre Young doit sourire. Sourire en pensant à son enfance à Compton. Sourire en pensant à Suge Knight – qui le considère toujours comme son ennemi. Et sourire encore et toujours en pensant à tous ces rappeurs se vantant de leurs richesses accumulées  rêvées ou réelles – mais qui n’atteindront jamais le dixième de sa fortune. L’ex membre des N.W.A est passé dans une autre sphère.

Jimmy Iovine, Tim Coock, Dr. Dre  et un geek millionnaire

Pour finir et pour le plaisir, deux très gros rappeurs sur une production by Dre :

Big Pun feat. fat Joe : Twinz

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